Les projets de transition menés aujourd’hui sont davantage perçus comme une source d’insécurité et de fragilisation de l’autonomie. Les citoyens, de plus en plus méfiants, ont du mal à se projeter positivement dans l’avenir dans un contexte d’insécurités. Les récits actuels ne semblent pas remporter l’adhésion escomptée. C’est dans ce contexte que Marion Bet, chercheuse Modes de vie à l’IDDRI et le spécialiste des récits François-Xavier Demoures, président de Étonnamment SI publient la note « Vers un nouveau contrat social : le rôle et la place des récits ».
L'approche par les récits
« Nous évoluons dans un monde constitué de récits » (Fisher, 1984). Ces récits façonnent nos représentations. Ce sont des modèles que nous reproduisons. Ils nous permettent d’agir et de nous orienter dans la vie sociale.
L’intérêt des récits (ou « narratifs ») est déterminant pour proposer des voies de changement crédibles, coordonner une action collective ou façonner de nouvelles politiques publiques. Mais les récits actuels se heurtent à plusieurs limites. Ils ont notamment tendance à se focaliser sur le sujet environnemental, sans aborder l’aspect social. Qui plus est, proposer un seul grand récit unique focalisé sur l’environnement ne se rapproche pas des expériences de vie d’une quelconque majorité.
Selon les experts, le grand récit de transition s’oppose aux récits de reprise de contrôle des partis conservateurs. Ces partis utilisent les pactes du contrat social (Sécurité, Consommation, Travail et Démocratie) pour construire un récit appropriable et donner l’illusion de sécurisation et de reprise en main. À partir de ces observations, l’IDDRI et Étonnamment SI ont effectué un travail sur les récits nourris par l’approche du contrat social (Rapport Contrat Social IDDRI et Hot or Cool – Juin 2024 (PDF – 3,8 Mo). Cette approche se constitue de quatre pactes représentatifs de la mentalité collective suivante : « J’accepte le système actuel de démocratie, de sécurité, de consommation et de travail en dépit de ses inconvénients, à condition d’en obtenir suffisamment d’avantages. »
Des récits nourris par le contrat social
Afin de faire émerger un récit social-écologique crédible au plus proche des expériences vécues par les citoyens et permettant de mettre en œuvre des politiques publiques de transition, une série d’hypothèses ont été émises. Elles sont fondées sur la modification du contrat social par les récits :
- Le récit monothématique doit être abandonné pour construire plusieurs récits qu’il est possible de connecter entre eux.
- Les récits doivent s’appuyer sur des données empiriques et des savoirs scientifiques. Ils doivent être construits à partir d’enquêtes pour comprendre comment les citoyens perçoivent les pactes du contrat social et la transition écologique.
- Les récits ne suffisent pas à eux seuls : ils doivent s'accompagner de politiques publiques adaptées aux contraintes et aspirations des groupes sociaux.
- La construction des narratifs doit davantage être rattachée au contrat social pour opposer un récit politique efficace. Chacun des pactes repose sur des récits dominants. L’enjeu est d’identifier le pacte qui permettra de devenir le pivot narratif afin de proposer une interprétation cohérente avec le réel. Cela implique de tester différentes trames narratives auprès des publics cibles à mobiliser.
Cette connexion entre conditions de vie et écologie semble donc essentielle pour aller au-delà des citoyens convaincus. Il reste à tester des propositions pour faire émerger un récit social-écologique.