Comment parle-t-on d’écologie dans la fiction en 2024-2025 ? Les résultats de l’étude de l’Observatoire de la fiction

268 heures de séries, feuilletons et téléfilms français visionnés pour relever cinq manières dont la fiction audiovisuelle française s’empare des questions environnementales.
Publié le 12/12/2025

Charles Ménard et Eléonore Gueit, cofondateurs de l’Observatoire de la fiction, se sont lancés dans cette étude inédite pour objectiver l’impression d’une trop faible représentation de l’écologie à l’écran. Pour y parvenir, 24 jeunes scénaristes formés au Centre de compagnonnage de la Cité européenne des scénaristes se sont impliqués munis d’une grille de lecture mise au point par l’Observatoire avec l'expertise de l'Arcom et le soutien de l’ADEME, l’Office Français de la Biodiversité et la Fondation Européenne pour le Climat.
Au total, 268 heures de fiction française ont scrupuleusement été analysées soit 41 programmes et séries quotidiennes diffusées sur France Télévisions et TF1 et 603 personnes indexées. 
Plusieurs enseignements émergent. Ces résultats sont commentés par Valérie Martin (ADEME) et Thomas Delage (OFB) lors d’un entretien croisé pour l’Observatoire.


L'écologie mentionnée sans être "vécue"

Les premiers résultats de l’étude révèlent que l’écologie est mentionnée plus souvent qu’attendue.

En quelques chiffres : 

  • 62% des programmes abordent le sujet de l’écologie. Les téléspectateurs y sont confrontés en moyenne toutes les 2h40 de contenu. L’écologie survient essentiellement sous forme de brefs dialogues sans conséquence sur la dramaturgie et décorrélés de l’action.
     
  • L’écologie est rarement au cœur du scénario, soit 2,6% du temps d’antenne.
     
  • Un personnage sur 10 exprime une opinion, positive ou négative, vis-à-vis de l’écologie. La vision des personnages est contrastée. Et l’éco-anxiété est représentée par 0,5% des personnages alors que cette préoccupation touche 25% des Français d’après l’INSEE.

Le sujet existe donc bel et bien dans la fiction française mais reste peu incarné dans le quotidien des personnages. Les modes de vie restent quant à eux proches des habitudes actuelles sans aborder les alternatives plus transformatrices.

Les métiers des personnages ne sont jamais touchés par la crise écologique. Les métiers de la justice et de la médecine sont privilégiés au détriment des métiers liés à l’agriculture, à la biodiversité souvent sous-représentés.

Les territoires apparaissent eux aussi éloignés des réalités écologiques. L’ensemble du territoire français est représenté sans les incidences des crises sur le territoire. 

Pourquoi ces résultats ?

« On constate que les imaginaires dominants demeurent très marqués par le consumérisme, le productivisme et le techno-solutionnisme. […] Et puis, on peut observer une sorte de cercle vicieux entre scénaristes, producteurs et diffuseurs : les premiers craignent une forme de censure, les seconds redoutent un backlash, et les troisièmes jugent que cela manque d’originalité. »

Valérie Martin, Cheffe du service Service Mobilisation Citoyenne et Médias (SMCM) à l’ADEME

Illustration Valérie Martin


L’étude révèle que ce décalage entre fiction et réalité n’est pas une fatalité, plusieurs voies d’accès à l’écologie sont ouvertes et restent à explorer.


S'inspirer pour créer des récits désirables à l'écran

Les images façonnent notre perception du monde. Les contenus audiovisuels participent à la création de nos imaginaires. Pour produire de nouvelles scènes qui contribueraient à changer nos normes et représentations, les auteurs, producteurs et diffuseurs peuvent s’emparer de sujets sous-représentés dans les fictions :

  • L’adaptation urbaine et territoriale aux enjeux écologiques et climatiques
  • Les nouvelles formes de mobilité
  • Les nouvelles façons d’habiter
  • Les façons de s’engager dans la vie associative
  • L’adoption de pratiques de sobriété numérique


Comment embarquer tous les publics ?

« Je ne pense pas que l’essentiel soit de parler d’écologie, mais plutôt de « sujets concernants », c’est-à-dire par exemple de l’alimentation, la santé ou la préservation de l’habitabilité du territoire, qui peuvent constituer le socle d’un nouveau pacte social et environnemental. »

Thomas Delage, Chef de service mobilisation des citoyens pour la biodiversité à l’Office Français de la biodiversité.


Et pour enrichir nos récits, les ancrer dans le réel et faire évoluer les œuvres proposées au public, Eléonore Gueit conseille de se tourner vers des collectifs de scénaristes, comme Nouvelle Séquence.

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