Votre engagement en faveur d’un numérique plus responsable est attendu lors de la conception et du développement de services numériques, comme la refonte d’un site web par exemple.
Se poser les bonnes questions
Au démarrage de tout projet, il convient d’interroger son utilité :
Avez-vous réellement besoin de créer un nouveau site ou un nouveau contenu sur un sujet déjà présent sur le web ?
- Si oui, quelle est la valeur ajoutée à apporter à mes publics ? Quelles nouvelles informations ou quel nouvel angle de vue sont à communiquer ?
- Quel est le format le plus efficace pour transmettre l’information tout en étant le plus léger et le plus facile à mettre en œuvre ? Au regard de son poids lourd, la vidéo n’est pas un passage obligé. Parfois, 2 lignes de texte suffisent pour répondre au besoin.
- Interrogez également la publication : attention à résister aux injonctions des algorithmes incitant à publier encore et plus. Prêtez également attention à la fréquence de publication. Si vous n’espacez pas assez vos publications, elles se cannibalisent entre elles, la suivante invisibilisant la précédente.
Questionnez le moment opportun de communiquer et la pertinence de votre contenu à travers l'approche méthodologique par la sobriété éditoriale.
Suivez les 6 étapes méthodologiques de sobriété éditoriale. Un article rédigé par Ferréole Lespinasse, consultante sobriété éditoriale.
Pourquoi et quand communiquer ? Les 6 étapes méthodologiques à suivre – Ferréole Lespinasse
La conception
C’est lors de la conception – d’un site web, d’une appli mobile ou de tout autre service numérique – que les leviers pour réduire son empreinte environnementale sont les plus nombreux et les plus efficaces.
Les fonctionnalités ou les contenus inutiles alourdissent l’expérience utilisateur tout en augmentant l’impact environnemental global. Pour le réduire, il s’agit de se concentrer sur les besoins essentiels des utilisateurs : l’action clé à réaliser ou l’information clé à transmettre.
Une approche de conception de type mobile first permet d’éliminer le superflu. Elle invite à concevoir un site web ou tout autre service numérique d’abord pour les smartphones.
Pour chaque contenu et fonctionnalité, il s’agit d’appliquer une grille d’analyse simple et pertinente, les 3U : sont-ils Utiles ? Utilisables ? Utilisés ?
Cette grille garantit d’éviter le superflu ou de résister à la tentation de choisir une fonctionnalité pour faire « comme les autres ».
Elle représente un guide pour réaliser une arborescence du site utile et pertinente.
Inspirez-vous également des travaux des Designers éthiques :
- Site Designers éthiques – Quand faut-il numériser ?
- Site Designers éthiques – Faut-il éco-concevoir tous les services numériques ?
Réduire le nombre d’étapes du parcours utilisateur pour accéder à l’information
Une navigation facile, fluide et immédiate améliore l’expérience utilisateur, et par conséquent, vos statistiques et votre trafic.
Pour définir les parcours utilisateurs :
- Il est nécessaire de s’appuyer sur une étude utilisateurs pour vérifier leur pertinence.
- Et vérifier si les parcours utilisateurs définis en interne répondent à de réels besoins et à des intentions d’usagers.
Transformer ses indicateurs de mesure
Il est également indispensable au démarrage d’un projet de proposer des indicateurs alternatifs pour mesurer différemment l’efficacité. L’écoconception ne se mesure pas avec des indicateurs classiques.
L’évaluation de l’efficacité des actions ne doit pas se résumer à l’atteinte de chiffres, basée uniquement sur la performance et le « toujours plus ». Elle doit également concerner des objectifs.
Pour cela, distinguons :
- Les indicateurs de pilotage : taux d’ouverture, taux de rebond, nombre de visiteurs… Il est possible d’y intégrer le nombre de pages ou de contenus supprimés. Ou encore de qualifier les publications : répondent-elles à l’intérêt général ?
- Et les indicateurs d’évaluation. Pour ceux-ci, il est nécessaire de préciser en amont l’impact souhaité : quel résultat est visé ? Par exemple, un changement de comportement, le passage à l’action de don/achat…
L’accessibilité et l’éthique
L’accessibilité et l’éthique ne sont pas des options : elles doivent être intégrées dès le démarrage du projet. Ce sont des démarches très complémentaires à celle d’écoconception. L’écoconception vise l’allongement de la durée de vie des terminaux. Rendre accessible un service numérique y contribue.
L’accessibilité est une obligation depuis 2009. Depuis 2025, sous l’impulsion de l’ARCEP, les sanctions pour les sites qui ne respectent pas les normes s’intensifient.
L’acte législatif européen sur l’accessibilité (EAA) mentionne que les sites Web et les applications mobiles doivent respecter 4 principes : perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes.
Ces principes correspondent aux directives d’accessibilité qui structurent le WCAG (ou Web Content Accessibility en anglais) définies par le W3C, organisme de normalisation international.
Ces normes réglementent la mise en œuvre d’un site à travers une conformité marquée par 3 niveaux : A, AA ou AAA.
À titre d’exemple,
- Niveau A : tous les contenus audios préenregistrés sont sous-titrés.
- Niveau AA : toutes les vidéos ont une audiodescription.
- Niveau AAA : tous les contenus sont accompagnés d’une version en langue des signes française.
Le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (version 4.1.2, publiée en 2023) liste les obligations à respecter et la méthode avec 106 critères pour vérifier la conformité d’un site.
Il est accessible sur le site de la Direction interministérielle du numérique (DINUM) – Critères et tests.
Pour vous aider à mieux appréhender l’accessibilité d’un site web, l’INRIA a développé un simulateur interactif sur les effets du handicap.
Site INRIA – L’accessibilité numérique
Et pour éviter les défauts d’accessibilité sur votre site, le test ATALAN fournit des recommandations concrètes pour concevoir des interfaces plus inclusives.
Site ATALAN – L’accessibilité numérique, et si nous agissons ?
Adopter une posture éthique
Fracture numérique, exploitation des données personnelles, transparence vis-à-vis des publics, interfaces trompeuses… Autant de questions éthiques soulevées par le développement des outils et services numériques et plus encore par l’IA générative.
Le référentiel « Éthique et numérique » propose trois grands axes d’analyse : l’éthique by design, c’est-à-dire au moment de la conception, l’éthique des usages et l’éthique sociétale.
Le référentiel « Éthique et numérique » est disponible sur le site du Cigref. Retrouvez les principales questions à se poser afin de réduire les impacts sociaux et sociétaux négatifs de vos outils et campagnes digitales.
La production de contenus
La production de contenus est à envisager avant l’étape de développement pour se limiter aux essentiels. Visez la sobriété et la simplicité dans votre production de contenu.
Interroger la qualité et la lisibilité des contenus
Des contenus centrés sur l’essentiel, écrits en langage clair et facile à lire à l’écran, améliorent la qualité de votre site. Le choix de police avec des caractères lisibles et un contraste fort entre l’arrière-plan et le texte rendent votre site accessible aux personnes en situation de handicap.
Évaluez l’intérêt et l’efficacité de votre contenu : l’approche par la sobriété éditoriale
Et s’il fallait envisager un autre modèle de communication pour éviter la fatigue informationnelle et la pollution numérique associée à la production de vos contenus ? Ferréole Lespinasse, consultante en sobriété éditoriale, vous recommande de bonnes pratiques pour rester audible et optimiser l’efficacité de vos contenus.
Éco-concevoir ses contenus : 2ᵉ édition Guide et référentiel de la Sobriété éditoriale – Ferréole Lespinasse
Les bonnes pratiques de sobriété éditoriale à adopter pour rester audible dans un paysage saturé d’informations.
Faire le ménage dans vos bases médias : pdf, fichiers, photos, etc.
Supprimez les fichiers des versions intermédiaires, les versions obsolètes de vos sites, ils utilisent du stockage inutilement. Ils complexifient la base de données et peuvent ainsi nuire à la fiabilité des informations en ligne.
Anticiper la fin de vie de vos contenus
Prévoyez dès leur création la fin de vie des contenus : fichiers, articles et vidéos.
Une bonne pratique consiste à passer en revue, chaque année, l’ensemble de ses contenus afin de les mettre à jour, de les archiver, voire de les supprimer.
Dans certains CMS, il est possible d’indiquer une date limite pour vos contenus dès leur création.
Et si votre site web existe déjà ?
Les mêmes principes énoncés ci-dessus s’appliquent pour optimiser votre site.
Supprimer les contenus obsolètes, actualiser ceux qui en ont besoin, réviser votre arborescence pour la simplifier, réviser vos contenus en langage clair.
Frédérique Bordage souligne que la conception (design) concentre environ 70 % des principaux leviers pour réduire ses impacts, suivi de l’hébergement (run) 20 % et de la réalisation technique (build) 10 %.
Frédérique Bordage – Numérique responsable
Trois questions à Frédéric Bordage, expert indépendant, animateur de la communauté GreenIT.fr et du collectif Conception.
Le développement
Le saviez-vous ? Les choix d’architecture et de solutions ont un impact important
Par exemple, pour confirmer la place d’un passager dans un train, l’impact peut être divisé par 10 en préférant un courriel au format texte à une notification via application mobile. Et encore divisé par 10 en choisissant un SMS sur un téléphone mobile plutôt que le courriel. Soit un facteur de 100 de l’application mobile au SMS classique, pour un résultat identique et plus pratique.
Adaptez l’architecture technique et technologique de votre site en fonction du service numérique proposé
Chaque choix technique entraîne une prise de risque sur la fiabilité et la durabilité de la solution. C’est la notion de dette technique. Développer un site Internet sur des technologies trop récentes ou trop anciennes augmente généralement cette dette technique.
Pour un site web très interactif, un serveur d’application sera certainement indispensable, mais, pour un site institutionnel, une architecture statique (de type Jamstack) suffit.
Prévoyez la fin de vie de votre site
Un impensé indispensable à envisager pour éviter les cimetières numériques.
Lors de la réalisation, il faut limiter la puissance informatique nécessaire pour délivrer le message. Pour y parvenir, concentrez-vous sur une réalisation sobre et efficace.
Une bonne pratique consiste à passer en revue, chaque année, l’ensemble de ses contenus afin de les mettre à jour, de les archiver, voire de les supprimer.
Dans certains CMS, il est possible d’indiquer une date limite pour vos contenus dès leur création.
De nombreux outils en ligne existent pour réaliser un diagnostic de votre site en vous indiquant les pages à optimiser : par exemple, Ecoindex, Greenspector.
C’est un point de départ intéressant qui vous permet ensuite de mesurer votre évolution.
- Limiter le HTML à 600 éléments DOM.
- Limiter vos « objets » à 40 requêtes / page.
- Regrouper les fichiers JS et les fichiers CSS.
- Limiter ou supprimer les animations.
- N’utiliser le JavaScript que si nécessaire.
- Éviter d’utiliser les librairies (JQuery par exemple) et les frameworks (Bootstrap, par exemple).
- Proposer un design réellement mobile first.
- Supprimer le code informatique non utilisé (code mort).
- Limiter le poids des pages à 1 Mo, à calculer avec l’Ecoindex.
- Opter pour un thème graphique simple et sans fioritures.
- Utiliser les versions essentielles des polices : bold, romain et italique.
- Limiter le poids des PDF à télécharger à 150 Ko par page.
- Minifier les fichiers JS et les fichiers CSS.
- Si besoin de vidéos ou de services tiers, remplacer par une étape intermédiaire (clic sur une image pour ouvrir le service).
- Mettre en place un cache : côté serveur et client.
- Privilégier les solutions cookieless, c’est à dire sans cookies tiers permettant de suivre un internaute d’un site à l’autre. Exemples de tracking cokieless : Matomo, Plausible, etc.
- Prêter attention à l’hébergement des données, ainsi qu’éviter d’alourdir le site avec des données générées par les utilisateurs.
- Supprimer leurs données régulièrement.
- Créer des formulaires qui ne demandent que le strict minimum pour traiter la demande.
- Supprimer toutes les actions non attendues : popins, autoplay, etc.
Images
- Privilégier le format WEBP pour les images matricielles et SVG pour les images vectorielles.
- Ajuster la taille et la qualité des images aux terminaux des utilisateurs.
- Optimiser la taille des images en 72 dpi, une résolution suffisante pour l’affichage sur internet.
- Utiliser le lazy loading : charger une image uniquement lorsqu’elle est visible à l’écran.
Vidéos
- Limiter le recours aux vidéos. Les vidéos incluses dans les sites et les publicités digitales pèsent lourd, encore plus si elles sont en Haute Définition (HD).
- Utiliser un format vidéo MP4 (codec H.264 ou 265).
- Limiter la durée (versions courtes) avec une résolution adaptée (720p).
- Évitez à tout prix le déclenchement automatique (autoplay) des vidéos sur la page d’accueil et privilégiez un visionnage en basse définition.
Optimiser vos vidéos
- Ajouter un fichier de transcriptions pour les vidéos.
- Utiliser un hébergeur externe. En mettant en ligne vos vidéos, préférer intégrer une image optimisée qui charge les players uniquement au clic, plutôt que d’intégrer le player qui alourdit la page.
- N’oubliez pas de supprimer les vidéos obsolètes ou qui datent pour garder une image à jour. Vous pouvez archiver ces vidéos dans un serveur hors ligne.
Audio
- Privilégier les formats MP3, OGG, ACC.
- Proposer une vignette cliquable pour écouter et lancer le player audio.
Contenus tiers
- Intégrer le moins de contenus provenant de sites tiers – YouTube, Dailymotion, Instagram, X, Facebook, etc.
- Proposer une vignette cliquable pour consulter le contenu sur le site d’origine.
API
- Raisonner la fréquence de mise à jour des widgets : météo, pollution, etc.
- Limiter les traitements nécessaires sur le terminal à l’émission ou la réception.
- Éviter les défilements infinis.
Équipez-vous de la checklist ADEME :
L’essentiel – Écoconcevoir un projet digital
De la conception au bilan, équipez-vous de cette fiche qui vous guidera dans la production et le déploiement de vos stratégies de communication numérique.
Comment bien choisir une agence web écoresponsable ?
- Les personnes en charge du développement au sein de l’agence sont-elles formées : éco-conception, accessibilité, RGPD, qualité web, etc. ?
- Peuvent-ils fournir les certifications ?
- L’agence propose-t-elle un accompagnement à la réflexion sur l’utilité des fonctionnalités ?
- Les références clients sont-elles pertinentes ? Certaines pratiques consistent à annoncer un score EcoIndex A ou B, mais sur des pages vides de contenu. Nous vous invitons à mesurer vous-mêmes les scores EcoIndex.fr de la page d’accueil et d’une ou deux pages intérieures types.
L’hébergement
Voici quelques questions à poser pour choisir un hébergeur :
- A-t-il déjà mis en place une politique de gestion durable des équipements ?
- Communique-t-il des indicateurs d’impacts environnementaux ?
- Utilise-t-il majoritairement une électricité d’origine renouvelable ?
L’amélioration continue
Enfin, comme pour tout projet, il est important de l’inscrire dans une démarche d’amélioration continue. Pour cela, voici les questions à se poser :
- Est-ce que les contenus et mes fonctionnalités répondent toujours aux 3U ?
- Les parcours utilisateurs sont-ils toujours d’actualité ?
- Le dispositif de communication est-il cohérent ?
Pour garantir la continuité de la démarche, l’améliorer et la communiquer sur la démarche, plusieurs outils permettent d’évaluer le niveau d’écoconception, d’accessibilité, d’écoconception. Des déclarations sont également réalisables.
Le label Numérique responsable
Le Label Numérique Responsable atteste la mise en œuvre d’une démarche Numérique Responsable au sein de votre organisation. Il en garantit la crédibilité.
Pour obtenir le label NR, vous devez être audité, puis définir un plan d’action NR à mettre en œuvre sur 3 ans.
Le label NR s’appuie sur un référentiel comprenant 4 axes et 14 principes d’action. Il est décliné à destination des ESN (Entreprises de Services du Numérique) et des collectivités.
Le label NR est encadré par l’Agence Lucie.
Pour poursuivre votre lecture :
Les bons réflexes pour limiter l’impact du numérique ?
À la maison comme au travail, des gestes simples peuvent être adoptés.
Éco-concevoir une campagne publicitaire digitale
L’éco-conception des publicités digitales constitue un levier pour concilier performance marketing et sobriété.